C’est un sémiologue qui nous quitte. Mais sa pensée, ses travaux, sa mémoire opérationnelle restent.
 
L’on aurait intérêt à ne pas galvauder la somme de travail et la portée séditieuse d’une vie passée à penser les mass-média, ses errances, ses effets collatéraux. Et pas que. Parmi les montagnes à gravir, citons dès 1961 un jet jamais traduit, Fenomenologia di Mike Bongiorno qui annonçait déjà l’ignominie rampante;
La toute puissance servie par le massmédia cathodique.
 
La sémiologie ensuite. Épithète d’apparence abscons et si évident pourtant. Anthropologie du signe, du symbole, des mots et des concepts. Entre épistémologie et sociologie, un soupçon d’ontologie, la posture socratique: « Tout ce que je sais c’est que j’ignore tout », et le dessein perpétuel du sortir de la Caverne…
 
C’était aussi et peut-être avant tout.. le Collège de ´Pataphysique. La société de recherche savantes et inutiles. La compagnie des braques, des breloques et des carabsitouilles quoi. Satie, Jarry, Duchamp ou Prévert, Vian, Siné et Queneau..,etc. tous exclusivement dans le désordre et par contumace. Nos DADA Pataphysiciens. Le suc de la vie. Cet infime qui en nous touTes est prêt à déclencher l’Utopie Maintenant! Alors?
 
Désapprendre à apprendre. Réapprendre à apprendre. Centrer la dialectique au profit des masses. En finir avec ces usages crasses qui portent à simplifier ou à hiérarchiser. L’on est pas si idiot. Les « gens » cette entité instrumentalisée, fictive, et pourtant bien réelle que l’on éconduit d’un mot. Non l’on est pas si « conNEs ».
 
C’est certainement ce que l’on sert en pâture pour continuer la domestication de la servitude. Umberto Eco, est de ceux-là. Ce gens avec qui l’on se parle droit dans les yeux et profond dans les cœurs. A tenter de rendre quelques instants supportables. En même temps que d’y saisir du sens, d’en cueillir les roses.
 
Umberto Eco est comme nous. Faillibles détails de l’histoire, quantités inutiles et fugaces; esprits faibles et corps amoindris. Umberto Eco n’est désormais plus. Comme chacunE de nous qui portons notre fin en bandoulière, et comme en défit à l’indéfectible commettons des vers pour échapper à notre postérité; la crémation ou le verre de terre.
 
J’avais un paquet de choses à dire ici, mais l’envie n’y est plus. Non pas que la tristesse m’emporte. La mort est souvent un soulagement. C’est Pavese qui nous l’enseigne. Non c’est que ce soir j’ai envie d’y retourner. À la Bustina di Minerva et aux chansons paillardes francophones dont Umberto Eco, petite canaille lubrique était capable et pire encore.
 
Non ce soir plutôt que de dire des trucs, je me plonge dans le silence studieux, à cueillir les roses dont les épines n’écorchent que les cuistres et les potentats.
 
Ce soir au crépuscule d’un temps et à l’aube du suivant, l’on ne dit rien. L’on pense, l’on réfléchit, l’on invente ou ré-invente. L’on conçoit, l’on façonne; l’on imagine et peut-être l’on susurrera tous les noms de la rose. Ciao Umbè.

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